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Titre de l’article :               Etat des structurations métacognitives

Auteur :                              Sylvie Lucas

Source :                             Bulletin de Psycholoqie
                                           Tome 52 (4) 442
                                           Juillet-Août 1999

Contact auteur :                 asseram@club-internet.fr

 

 

ANALYSE ET DISCUSSION

Notre expérimentation vise à. vérifier l´hypothèse de recherche selon laquelle les structurations métacognitives permettent, dans un premier temps, l´adaptation à des situations de résolution de problème nécessitant de la planification, et, dans un deuxième temps, sa concrétisation en une expertise (image opérative), c´est-à-dire en des connaissances efficaces, celles qui sont les plus pertinentes à la réalisation de la tâche considérée. Dans le groupe contrôle nous avons observé, lors de la réalisation de la tour à 5 disques, une augmentation des coups entre chaque fracture. L´augmentation du traitement de raffinement en coups exprime bien un contrôle et un guidage de l´activité de résolution. Les structurations métacognitives opérées pendant cette réalisation ont assuré aux sujets une adaptation. Notre hypothèse de recherche se trouve à moitié confirmée. Mais peu de sujets ont transformé leurs métaconnaissances en connaissances (seulement trois sujets sur dix). En effet; malgré la conscience de leur effort cognitif, les sujets n´ont pas concrétisé ce dernier en une image opérative. L´effort cognitif n´a servi qu´à une adaptation momentanée à la situation sans aucune cristallisation en un véritable savoir. Chez les trois sujets qui ont concrétisé leur adaptation en une image opérative, des justifications, expressions intégrées des structurations métacognitives, ont été mises en évidence. En exemple, nous citons leurs réponses données au questionnaire métacognitif: «il suffit de laisser un bâton vide pour mettre un plus grand disque et après ramener les petits dessus» ; «il suffisait de laisser un bâton vide pour pouvoir y arriver»; ou encore «j´ai su prévoir les étapes de mes manipulations car comme il ne fallait pas mettre les grands sur les petits, j´ai placé les grands d´un côté et les petits de l´autre: il fallait toujours apercevoir le plus petit sur le grand». A la lumière de ces résultats, notre hypothèse se trouve ainsi confirmée : ces justifications montrent de manière objective que par les structurations métacognitives il y a adaptation et formation d´un niveau d´expertise.

Dans le groupe expérimental, l´amorce cognitive (tour à 3 disques) n´a pas fonctionné pour la majorité des sujets (7/10). Ils n´ont pu utiliser l´image cognitive et l´image opérative qu´ils s´étaient construits pour la tour à 3 disques. En effet, elles étaient fausses. Les sujets ont opéré une confusion d´identité entre les disques et les tiges : il y a 3 disques, donc un disque par tige, et la résolution s´effectue sur ce principe opératoire. Mais pour la tour à 5 disques il n´y a pas cette identité, ni ce principe. Les sujets se sont trouvés dans l´obligation de s´adapter à un système qu´ils ont considéré comme nouveau. Les réponses au questionnaire métacognitif abondent dans ce sens: «les manipulations m´ont paru difficiles car il y avait plus de pièces et toujours autant de bâtons» ; « les manipulations m´ont paru difficiles car non seulement il y avait plus de disques à mettre mais surtout moins de bâtons» ; ou encore sur l´analogie entre la tour à 3 disques et la tour à 5 : «j´ai essayé d´y penser mais je trouve qu´il n´y a pas de rapport entre les deux». Peu de sujets ont bénéficié de l´amorce cognitive (3/10). Ces sujets ont alors montré des niveaux supérieurs d´adaptation avec des indices de raffinement et de mise en œuvre très faibles. Mais seulement l´un d´entre eux a abouti à la formation d´une image opérative. Pour la tour à 5 disques, ce sujet a augmenté de façon significative son indice d´adaptation sans avoir recours à un traitement de mise en œuvre (indice nul). «L´état d´expert» a, dans ce cas, été atteint, ce qui explique la chute considérable des indices. De plus, la réponse donnée au questionnaire corrobore son comportement: «les manipulations ne m´ont pas paru difficiles car après le premier jeu, j´avais réfléchi à la technique que je devais prendre».

Avant de conclure, nous voudrions faire une parenthèse. Nous avons dit précédemment que c´était la règle 3, «Ne pas mettre un disque sur un plus petit que lui», qui amène le plus souvent le sujet à modifier le système de résolution parce qu´elle limite son degré de liberté. Cette règle établit une relation de supériorité entre les disques : le disque 5 est supérieur au disque 4, qui est supérieur au disque 3, qui est supérieur au disque 2, qui est supérieur au disque l. Pour un des sujets du groupe expérimental,  cette relation de supériorité s´est effectuée comme suit: le disque 5 est supérieur au disque 4, le disque 5 est supérieur au disque 3, le disque 5 est supérieur au disque 2, le disque 5 est supérieur au disque 1. Entre les disques 4, 3, 2 et l, le sujet n´établit pas de relation: il les considère tous égaux; car tous sont de taille inférieure au disque 5. De ce point de vue, les disques 4, 3, 2, et 1 forment l´ensemble des petits disques. Le sujet s´est construit une fausse connaissance de la relation de supériorité, qui lui permet de donner à son activité cognitive un plus grand espace de liberté en réduisant la contrainte de la règle 3.

En somme, les structurations métacognitives suscitées par le traitement de mise en œuvre, permettent aux sujets de s´adapter à des situations de résolution de problème nécessitant de la planification. En effet, même s´il y a eu une fausse image cognitive et une fausse image opérative pour la tour à 3 disques, les sujets font appel à un traitement en mise en œuvre pour rétablir l´adaptation pour la tour à 5 disques. Quatre sujets (du groupe contrôle et expérimental) sont devenus experts. Ils démontrent que l´adaptation peut se concrétiser en un niveau d´expertise dès lors qu´il y a transformation des métaconnaissances en connaissances, c´est-à-dire une diminution des indices de raffinement et de mise en œuvre.

 

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