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Titre de l’article :               Etat des structurations métacognitives

Auteur :                              Sylvie Lucas

Source :                             Bulletin de Psycholoqie
                                           Tome 52 (4) 442
                                           Juillet-Août 1999

Contact auteur :                 asseram@club-internet.fr

 

 

LE PROCESSUS DE PLANIFICATION, RAPPROCHEMENT ENTRE UNE METACOGNITION ET UN PROCESSUS COGNITIF

Ces situations de résolution sont; dans les recherches actuelles en psychologie cognitive, traitées pour une grande partie, au travers du concept de planification (Caron et Caron-Pargue, 1976; Richard, 1982; Pitrat, 1986 et 1990; Richard, Bonnet, Ghiglione, 1990; Hoc, 1992). La cohérence entre les objets mathématiques impose une planification (Hoc, 1992).

 

Les mécanismes de schématisation : mécanismes métacognitifs de la planification

S´agissant de maîtriser une situation à venir, dès que celle-ci devient un tant soit peu complexe, la représentation que peut en avoir le sujet ne peut être que schématique. La planification, en tant que schématisation, permet, malgré les limitations de capacité de la mémoire de travail, d´accroître les possibilités de contrôle d´une situation en en simplifiant les données. La schématisation est le mécanisme fondamental sur lequel s´établissent les heuristiques humaines. Dans le jeu d´échecs, un plan d´action sera ainsi établi dans ses grandes lignes, pour éviter le coût important d´une remise en question nécessitée par une contre-attaque de l´adversaire. En travaillant sur les représentations abstraites d´une situation, le sujet peut faire apparaître des propriétés et des relations qui ne peuvent pas être définies en se fondant sur des représentations plus détaillées: les liens entre parties et tout (grâce à une hiérarchie de raffinement), les justifications des mises en œuvre par les fonctions qu´elles réalisent (hiérarchie de mise en œuvre).

La première permet de passer de la représentation d´un tout à sa décomposition en parties où l´on particularise un concept par le choix d´un exemplaire de la classe qu´il représente. S´agissant d´un livre, par exemple, on passe, par le raffinement, de sa décomposition en chapitres à sa décomposition en paragraphes. En procédant ainsi, on introduit des détails, mais on ne change pas fondamentalement de type de représentation manipulée: les titres des paragraphes s´expriment dans les mêmes termes que ceux des chapitres. Par la seconde, pour qu´une représentation plus abstraite puisse devenir opérationnelle, il ne suffit pas toujours de préciser cette représentation. Nous pouvons résumer la hiérarchie de mise en œuvre par la démarche suivante: «pour atteindre tel but, comment je m´y prends, et après avoir trouvé. les moyens correspondants, il faut les hiérarchiser pour réaliser le but».

Selon la dimension de raffinement, le passage d´une représentation plus détaillée à une représentation plus abstraite correspond à ce que Piaget a appelé l´abstraction simple, qui permet de passer des valeurs aux variables quand plusieurs décompositions sont possibles (Richard, Bonnet,Ghiglione, 1990, p. 226). De plus, le passage d´une mise en œuvre à la fonction réalisée correspond à l´abstraction réfléchissante donnant accès à des justifications (ibid.). L´élévation du niveau de contrôle de l´activité a été soulignée dans l´opposition entre l´abstraction simple et l´abstraction réfléchissante. Cette opposition correspond à celle décrite entre hiérarchie de raffinement et hiérarchie de mise en œuvre. Entre la hiérarchisation des espaces abstraits (mise en œuvre) et le processus de métacognition d´abstraction réfléchissante, nous pouvons donc souligner une identité de procès. Il apparaît que l´abstraction réfléchissante est une métacognition particulière aux activités cognitives de nature logicomathématique associée au processus de planification.

 

L´image cognitive et l´image opérative : différents degrés d´expertise

De nombreuses recherches, visant à comparer, dans un domaine considéré, les stratégies de sujets débutants (faible niveau d´expertise) et de sujets expérimentés (niveau d´expertise élevé), ont conduit à mettre en relation les difficultés de planification des débutants arec un manque de hiérarchisation de leurs connaissances. Une telle hiérarchisation a été construite par l´expert, non seulement grâce à l´établissement de relations de raffinement entre les représentations propres aux domaines, mais aussi grâce à l´utilisation de relations de mise en œuvre, faisant intervenir plusieurs systèmes de représentation. «Ces relations de mises en œuvre font intervenir des métaconnaissances sur les propres stratégies du sujet, qui lui permettent de sélectionner des méthodes de résolution à des niveaux de planification très élevés» (Hoc, 1992, p. 101). Nous .retrouvons ici les connaissances métacognitives sur les stratégies mises en évidence par Flavell, ainsi que ce que Piaget nomme l´exercice et la maturation.

Le caractère schématique des représentations, propres au sujet expérimental, est bien exprimé par le concept d´image opérative (Ochanine, .1978). Pour cet auteur, dès lors que le sujet est finalisé sur une tâche déterminée, les représentations des objets qu´il utilise ne comportent pas toutes les connaissances dont il dispose sur ces objets: elles sont laconiques et ne comportent que les connaissances directement pertinentes à la réalisation de la tâche. Le concept d´image opérative entre dans le cadre de modèles descriptifs, c´est-à-dire des modèles particuliers qui visent à décrire les connaissances effectivement mises en œuvre. Ces modèles rendent compte de la notion du modèle mental que désignent les connaissances de l´opérateur humain, par exemple à propos des machines qui lui permettent de les utiliser. Même si l´image cognitive (connaissances livresques) utilisée par le débutant est complète, elle est trop riche en information pour être directement utilisable dans l´action. Par son expérience, le professionnel a simplifié cette image opérative, l´a quelquefois déformée, pour l´adapter aux exigences de son action.

Ainsi, nous pouvons mettre en perspective le rôle joué par les savoirs méta-cognitifs dans le développement de l´expertise. D´autres auteurs, comme Pinard, Bibeau, Lefebvre-Pinard (1985), avaient également mis en rapport cette influence de la métacognition, quant au développement de l´expertise d´un individu, tant dans le domaine de la communication orale que dans celui de la mémoire ou de la lecture. On reconnaît que le rendement d´un individu est affecté par le savoir dont il dispose sur la nature exacte de la tâche et sur ses propres limites dans ce type de tâche, de même que par son système de croyances quant à l´efficacité de diverses stratégies. De plus, des études portant sur 1´apprentissage de stratégies telles que l´autorégulation ou la révision mentale ont permis de constater que, pour qu´il y ait généralisation des stratégies apprises, il ne suffit pas d´entraîner les individus à l´usage de certaines stratégies cognitives. Il faut, en outre, leur inculquer un savoir plus général portant sur ces stratégies, leur usage, leur contrôle et leur efficacité. «Enfin, certains auteurs associent le développement de l´expertise en un domaine, sinon le développement cognitif tout court, à l´acquisition de savoirs portant sur les règles, les stratégies et les objectifs liés à une performance optimale» (op.cit., 1985).

Il nous paraît maintenant nécessaire de faire une synthèse des points abordés: a) le processus de métacognition est un processus qui s´opère en deux phases : un processus méta contrôlant les états de connaissance; et un processus cognition structurant les états de connaissance; leur combinaison élève le niveau d´expertise de l´individu dans un domaine précis; b) il est apparu, après une revue théorique, que le processus d´abstraction mis en évidence par Piaget est un processus de métacognition particulier aux activités logicomathématiques; c) les activités logicomathématiques dont il est question sont des activités de résolution dé problème, faisant appel à un processus de planification; d) compte tenu des études menées, l´abstraction réfléchissante est une hiérarchie de représentation présente au niveau du sous processus de planification, la schématisation. La hiérarchie de mise en œuvre et l´abstraction réfléchissante sont deux procès identiques.

En conclusion, la métacognition est un processus indissociable des processus cognitifs. L´abstraction réfléchissante est une métacognition particulière aux activités cognitives logicomathématiques s´exprimant dans des situations de résolution de problème, et faisant intervenir des activités de planification, Ainsi, la hiérarchie de mise en œuvre étant une métacognition, elle est une sous composante de la schématisation. La schématisation étant elle-même une des composantes de la planification, la planification utilise des processus métacognitifs.

 

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