Titre de l’article : Etat des structurations métacognitives
Auteur : Sylvie Lucas
Source : Bulletin de Psycholoqie
Tome 52 (4) 442
Juillet-Août 1999
Contact auteur : asseram@club-internet.fr
Le processus de métacognition composant du système de traitement de l´information
La métacognition est un processus offrant à l´individu la possibilité d´obtenir le minimum de coût cognitif et le maximum d´efficacité quant à une activité cognitive donnée. Dans les acceptions les plus courantes, la métacognition est définie comme «la connaissance de la connaissance». Cette définition exprime dans son contenu une sorte de « retour de la pensée sur elle-même». A partir d´une analyse des concepts théoriques de connaissances métacognitives, nous nous sommes interrogés sur cette particularité de la métacognition. Au vu de cette analyse, nous avons proposé un processus de métacognition en deux phases: une première de contrôle des états initiaux de connaissances (processus méta), et une deuxième de cognition assurant ce retour sur, cette réflexion sur les états de connaissances. La métacognition est ainsi un outil cognitif d´organisation et de structuration des processus cognitifs permettant l´adaptation et la régulation de l´activité cognitive.
LE DOMAINE DE L´INTELLIGENCE LOGICOMATHEMATIQUE, RAPPROCHEMENT ENTRE LA METACOGNITION ET L´ABSTRACTION REFLECHISSANTE
Les mécanismes de cette intelligence ont été mis en évidence par Jean Piaget sous une forme logicomathématique. Il a décrit l´abstraction réfléchissante comme étant un processus opératoire que nous considérons comme un processus de métacognition particulier, portant sur des objets cognitifs de nature logicomathématique. Nous nous intéresserons seulement dans le cadre de cet article à un facteur particulier invoqué par Piaget pour expliquer l´évolution régulière de l´intelligence logicomathématique (Piaget, 1979). Piaget invoque quatre facteurs: la maturation, l´exercice, la transmission sociale et l´équilibration (nous faisons remarquer que la maturation, l´exercice et l´équilibration sont les trois faces d´un même processus : la fabrication de l´instinctif cognitif). C´est ce dernier facteur qui aura retenu notre attention. En effet, l´équilibration est «un processus conduisant de certains états d´équilibre approchés à d´autres, qualitativement différents, en passant par de multiples déséquilibres et rééquilibrations» ( Piaget, 1975). L´équilibre cognitif est conçu comme dans le sens d´une autorégulation (Piaget, Inhelder, 1966). Trois grandes formes d´équilibre sont distinguées: l´équilibre entre le sujet et les objets; l´équilibre entre systèmes et sous-systèmes de schèmes qui est responsable du développement logicomathématique; l´équilibre général entre les différenciations des schèmes et le système total. Le développement des structures opératoires relève donc de la seconde forme d´équilibre avec, comme pour les autres formes, rois moments clés: les perturbations, les régulations compensatrices et la correspondance des affirmations et des négations. Piaget insiste, avec force, sur la part de construction que comporte l´équilibration. Les conflits et les contradictions sont source permanente de restructuration et donc d´accroissement, lié à des processus sous-jacents d´abstraction. Classiquement, l´abstraction est un processus général, par lequel la pensée isole une composante d´une perception, d´une image ou d´une notion complexe. Piaget (1970) distingue deux types d´abstraction: l´abstraction simple et l´abstraction réfléchissante.
L´abstraction simple ou empirique porte sur les objets physiques et les aspects matériels de l´action (abstraction des propriétés de couleur, de poids, du résultat d´un mouvement, d´une poussée sur un objet, etc.). Elle sous-tend l´apprentissage empirique et conduit à une connaissance expériencielle.
L´abstraction réfléchissante «porte sur toutes les activités cognitives du sujet (schèmes ou coordinations d´actions, opérations, structures, etc.) pour en dégager certains caractères et les utiliser à d´autres fins (nouvelles adaptations, nouveaux problèmes, etc.) (Piaget, 1977). Elle est réfléchissante aux deux sens suivants : elle transpose sur un plan supérieur de conceptualisation ce qu´elle emprunte à un palier précédent. Ce transfert est désigné sous le terme réfléchissement. Puis elle reconstitue, ou reconstruit, sur le nouveau plan ce qu´elle a tiré du palier précédent. Cette réorganisation obligée par le réfléchissement sera dite réflexion. «On a affaire à des constructions du sujet donc à un domaine relevant de l´abstraction réfléchissante» (Billeter, 1977).
L´autorégulation survient lorsque le sujet est en difficulté, en situation où il ne peut utiliser ses outils de connaissances tels qu´ils sont. Cette difficulté rencontrée évoque la définition des expériences métacognitives de Flavell. Celles-ci sont le résultat du sentiment d´effort ressenti lors d´une tâche cognitive. Par exemple, se rendre compte qu´ on ne comprend pas ce que l´on est en train de lire, va demander un effort d´adaptation en matière d´effort cognitif, qui se traduira par lin renforcement du contrôle et de la régulation de la stratégie actuelle. Nous faisons l´hypothèse que les situations dans lesquelles se produisent un processus d´équilibration, donc d´autorégulation, sont de nature métacognitive et utilisent un processus de métacognition. Nous avons défini le processus de métacognition comme ayant un pouvoir de contrôle et de structuration de l´activité. Dans le cas des épreuves piagétiennes, l´équilibration fait appel à l´abstraction réfléchissante en tant que processus de contrôle et de structuration. Nous pouvons alors effectuer un rapprochement entre le processus de métacognition et l´abstraction réfléchissante faisant fonction de contrôle et de guidage et aboutissant tous les deux à l´équilibration de l´activité. Les épreuves piagétiennes, expériences métacognitives, portent sur des objets cognitifs logicomathématiques, nous considérons donc l´abstraction réfléchissante comme le processus de métacognition spécifique aux activités logicomathématiques.
En somme, au travers de la théorie opératoire, un processus de métacognition a pu être mis en évidence: l´abstraction réfléchissante. Ce processus permet un contrôle des états de connaissance et de ce fait une élévation du niveau de contrôle de l´activité globale (niveau méta ou réfléchissement) ainsi qu´une structuration des connaissances, amenant la structure d´ensemble à un stade d´efficacité supérieure (niveau cognition ou réflexion). Cette métacognition particulière s´exprime dans des situations de résolution de problèmes de nature logicomathématique.
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